
Cet article développe tout ce qu’une carte du corps comme celle des Neuf Souffles peut apporter à la pratique thérapeutique.
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Le corps au centre de la thérapie
La plupart des thérapies aujourd’hui prennent en considération le corps.
… et pourtant, si vous êtes thérapeutes, vous l’avez sûrement expérimenté, ce n’est pas si simple de « maintenir » le patient en relation avec son corps, ses sensations, et tout ce qui émerge de là. La tendance à privilégier l’analyse mentale, les explications ou les justifications, plutôt que l’expérience directe est très forte et ancrée dans notre culture.
Pour le thérapeute lui-même, rester relié à son corps, ne pas sortir de soi pour se projeter en l’autre, dans une posture à la fois ouverte et centrée, n’est pas si évident.
Certes, il y a l’intention d’inclure le corps, mais la méthode à mettre en œuvre, tout autant que la conscience de ce que peut réellement apporter dans le processus thérapeutique une bonne relation au corps reste vague. Dans cet article nous allons approfondir les manques et besoins que peut rencontrer un thérapeute dans sa pratique et les solutions que l’approche des Neuf Souffles peuvent lui apporter.
Un contexte favorable pour le retour au corps
Le fait que le corps redevienne central est certainement un tournant important dans l’évolution de la psychothérapie, révélateur d’un mouvement souterrain plus global qui concerne l’humanité toute entière, qui va à contre-courant d’une autre tendance, bien représentée par la montée en puissance du numérique, qui, elle, irait plutôt vers une déréalisation de notre rapport au monde.
Un mouvement, qui au-delà de la thérapie, reconnaît la nécessité de revenir à la source, de retrouver un lien sain avec la nature pour des raisons évidentes d’équilibre et de survie, mais qui surtout reconnaît à la vie organique une intelligence et une sagesse plus profonde et avisée que notre mental… et donc de se repencher avec intérêt vers le corps, qui est, littéralement, notre nature la plus proche.
L’histoire occidentale est imprégnée d’une séparation corps-coeur-esprit… qui va jusqu’à chosifier le corps. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de cette pensée, jusque dans des études scientifiques de plus en plus nombreuses qui démontrent l’inséparabilité corps-esprit, ainsi que la nécessaire composante sensorielle et émotionnelle au sein de tous nos processus cognitifs.
Plus encore, les avancées des neurosciences dans la compréhension de la résolution des traumas valident la nécessité du recours explicite à l’expérience corporelle pour que s’active un processus de guérison.
Pour autant, connecter réellement avec son corps reste un défi pour nous tous.
Les obstacles à une relation pleine avec le corps
Particulièrement lorsque nous sommes thérapeutes, nous pouvons nous sentir souvent démunis à réellement inclure le corps dans nos séances et permettre que le processus se passe « dans la chair » et pas seulement « dans la tête » ou « dans les émotions ».
Les difficultés principales rencontrées par beaucoup de thérapeutes sont :
1/ d’accéder au ressenti corporel et d’y rester relié pour travailler à partir du corps et non sur le corps.
2/ d’aller au-delà d’une perception générale des sensations et informations émergeant du corps
3/ de sortir de l’interprétation mentale, pour « être avec » le corps, dans l’expérimentation.
4/ d’avoir une méthode, une carte, des jalons qui assurent que l’on inscrit ses séances dans une dynamique de guérison
Le premier de ce quatre points, accéder au ressenti, est inhérent à notre culture tournée plus vers « faire faire » au corps plutôt que de laisser venir à soi. Bottom up et non top down, comme disent les américains. Il s’en suit une double difficulté pour le thérapeute qui doit à la fois accompagner le patient à être dans son corps, mais aussi à être lui-même connecté à son propre corps au cours de l’accompagnement.
Même si beaucoup de pratiques mettent en avant la nécessité de ce « double lien au corps » (en particulier la Gestalt Thérapie, théorie polyvagale), les outils pour le mettre en oeuvre restent souvent vagues.
Ce manque d’une méthodologie claire pour orienter la relation au corps se retrouve également dans la deuxième difficulté qui se traduit par une globalisation des ressentis qui ne permet pas d’aller en profondeur et d’accéder aux messages spécifiques que le corps pourrait envoyer avec une écoute adéquate… cela revient plus souvent à écouter un ensemble de sons plutôt qu’un langage articulé !
En réalité cette globalisation reflète et entretient une certaine mise à distance du corps… d’où la troisième difficulté qui est de « parler de » au lieu de « parler avec », ou « parler depuis ». Là encore une méthodologie est nécessaire. De la même manière que dans nos relations interpersonnelles nous avons à réapprendre l’art du lien réel, attentif connecté et bienveillant, nous avons à réapprendre l’art de la relation au corps. Nous devons apprendre le langage de la relation au corps…. pour ne plus fuir dans de l’interprétation.
Pour finir, il manque souvent le cadre méthodologique de relation au corps qui prenne en compte qu’il est, par essence, animé d’une dynamique d’évolution. Sans un tel cadre, il est parfois difficile de ne pas « être embarqué » par les histoires des gens qui émergent des ressentis et des émotions, histoires bien connues d’eux-mêmes et qui se répètent, au lieu d’accompagner un voyage plus profond et surprenant qui fasse réellement du bien et permettant un accès accru à des ressources.
Tous ces éléments, nous en sommes bien conscients, sont déjà pris en compte à divers degrés dans plusieurs thérapies dites « psycho-corporelles », comme la Gestalt-thérapie, les thérapies de résolution du trauma telles que la Somatic Experiencing, la thérapie sensori-motrice, ou l’IFS, etc…
Ce que nous allons développer plus bas est un modèle qui ne s’oppose pas à toutes ces approches, bien au contraire, mais qui les complète en apportant des repères de théorie et de méthodologie qui ne peuvent que rendre encore plus puissante la mise en œuvre de ces thérapies.
Les recherches à l’origine des Neuf Souffles
C’est en grande partie grâce à sa pratique de danse avec Anne Ena, héritière de la lignée de danse libre de Isadora Duncan, que Nicolas a eu l’inspiration de donner une importance majeure au corps dans toutes ses recherches sur les liens corps-esprit…. pas seulement comme symptôme de quelque chose caché en nous qu’il faudrait résoudre… mais comme espace d’expérience et d’intelligence… de ressource et de croissance… et d’émerveillement.
Nicolas a toujours été passionné des relations corps-esprit :
– il est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure Ulm, spécialisé en sciences cognitives.
– il a été formé à l’ostéopathie (méthode Poyet) et à la médecine chinoise
– il est également professeur senior de la Movement Medicine, qu’il enseigne avec Anne Ena.
– dans sa recherche pour donner du sens aux messages du corps, il s’est formé à diverses thérapies alternatives : naturopathie, décodage biologique) et pratiques ancestrales (chamanisme Lakota et Nordique, bouddhisme Zen), mais continuait à buter dans sa pratique de thérapeute sur la possibilité de vraiment laisser le corps parler.
La conviction de Anne Ena et Nicolas, qui rejoint celle que l’on retrouve aujourd’hui dans l’IFS, ou le dialogue intérieur et d’autres approches basées sur la multiplicité du psychisme, est que le subconscient, pour guérir, a avant tout besoin de se sentir « rencontré » : cela veut dire : touché, entendu et vu… sans jugement, avec curiosité.
L’idée qui a vite émergé est que le corps et le subconscient sont une seule et même chose… ou au moins que le corps est le moyen d’accès le plus direct au subconscient.
Ce qui a ensuite émergé très vite est le besoin d’un cadre qui rende compte de la dimension évolutive du corps, de son intelligence, et permette d’entrer en lien avec lui en incluant complètement l’intuition et la sensibilité… un cadre qui oriente l’esprit vers des portes précises qui ouvrent, contiennent et potentialisent l’intuition.
Tout cela s’est matérialisé presque d’un coup, en 2012, comme une vision fulgurante que Nicolas a reçue et qui rassemblait toutes ses compréhensions du corps et de l’esprit. Avec l’aide d’Anne Ena, c’est devenu « les Neuf Souffles », une description vivante du corps vu comme un village, dont les membres, avec leurs fonctions, identifiées à des archétypes, mettraient en commun leur intelligence et leur sensibilité au service de notre évolution.
Les bases du symbolisme alchimique du corps
Le point clef de ce symbolisme est d’avoir voulu regarder et comprendre le corps comme source de santé et de sagesse fondamentale. Partir de « ce qui va bien », sur les plans : physiques, émotionnels, mentaux, imaginaires, spirituels… ouvre la perspective que le corps est l’instrument vivant de notre évolution… donc à même d’effectuer ce qu’on appelle un processus d’alchimie.
Nous avons recherché le modèle le plus pragmatique possible qui rende compte de cette dimension du corps, cohérent avec son anatomie et sa physiologie.
Nicolas s’est intéressé de près à divers manière de formaliser les processus d’évolution, jusqu’à rencontrer un modèle en neuf étapes, très connu sous sa déclinaison psychologique « l’ennéagramme des personnalités », mais mal connu sous sa forme de « processus universel des lois d’évolution ». Ce modèle présente l’intérêt d’être très pragmatique et pas du tout ésotérique : il parle d’étapes fonctionnelles qui, quand elles sont bien coordonnées entre elles, assurent que l’on passe d’un état initial à un état final qualitativement différent et « supérieur ».
Nous n’allons pas entrer ici dans les détails de ce processus, dont voici le schéma général :
La véritable « révélation » a été de constater que le corps lui-même présente 9 zones anatomiques très définies !
Constitué de 3 centres principaux qui sont eux-mêmes constitués de 3 parties… soit 9 « zones » principales au total.
Cette « vision » du corps multiple et sa corrélation avec les fonctionnalités de l’ennéagramme des processus a abouti à un modèle qui permet d’attribuer à chacune de ces 9 grandes zones une fonction dans notre capacité à évoluer et nous relier aux forces de notre environnement. Pour bien rendre compte de la dimension intelligente du corps, nous avons donné un nom à chacune de ces zones, pour bien les différencier, mettre en valeur leurs compétences particulières, et les humaniser.
Toutes ces centres, zones et les noms de ces familles sont indiquées dans le schéma suivant :
Chaque famille d’archétype est à son tour subdivisée en trois sous-zones/fonctions spécifiques, ce qui donne au final une description du corps comme un village de 40 intelligences réparties en familles. Nous n’entrons pas dans le détail de cette construction dans cet article.
Vous pouvez , si vous souhaitez approfondir cela, vous référer à l’article « Le corps-arbre de vie » :
Ce qu’apporte la symbolique des Neuf Souffles
La symbolique des Neuf Souffles relie précisément chaque zone anatomique du corps à une fonction spécifique dans le cycle de l’alchimie. Chacune de ces fonctions ainsi définies correspondent à une double compétence : interne, pour soi (comme maintenir son intégrité, sa dignité, son plaisir…) mais également externe de relation avec le monde. De plus, ce modèle fonctionnel éclaire comment les différentes zones de notre corps, et les archétypes associés, se soutiennent mutuellement et collaborent.
Ce modèle sur un plan théorique, est très satisfaisant et ne cesse de nous étonner par sa cohérence…
Cette organisation est aussi et surtout utile pour les thérapeutes, comme pour tout un chacun, en ce qu’il permet de :
De développer sa neuroception (ensemble des perceptions internes), en apprenant à :
1/ focaliser notre attention sur des zones précises du corps.
2/ Partir clairement des sensations, avant de leur associer des états émotionnels, et un imaginaire
3/ de soutenir un imaginaire ancré dans les sensations, en y ajoutant du sens, grâce aux archétypes et à leur symbolique.
Pour les patients, l’autorisation à ouvrir la dimension de l’imaginaire permet d’accéder à l’inconscient d’une manière sécurisante, et finalement d’avoir un contact beaucoup réel et ancré au corps. Cette expérience semble confirmer que le langage métaphorique est le langage du corps et du subconscient! … comme le montre l’importance des contes et des mythes dans toutes les civilisations.
Avec la méthodologie qui découle naturellement de ce symbolisme, il est devenu aisé de faire émerger les intelligences en nous comme des personnages, comme on le fait déjà en IFS et dialogue intérieur, mais qui ici gagne en puissance et en potentiel d’interaction accru grâce à la connaissance des fonctions « saines » de chaque zone du corps.
Le corps vu comme un village étant une carte des fonctions du corps basée sur « ce qui va bien », n’enferme pas le sens dans une grille psychopathologique toute faite, mais ouvre des portes au dialogue et au sens.
Les protocoles d’exploration que nous avons développés passent par des étapes claires où l’on sait distinguer ce qui est en train de grandir dans la personne, ou bien ce qui est en difficulté, ou encore un mode de protection, ou une vulnérabilité.. voire une ressource ou un conseil.
La connaissance et la maîtrise de ces protocoles offrent un soutien précieux pour tout thérapeute qui voudrait à la fois inclure le corps et ses intelligences, instaurer un dialogue avec les parts de soi. L’exploration est thérapeutique en soi, comme un voyage qui révèle la complexité et la complémentarité des parts qui nous habitent et met en lumière des ressources souvent insoupçonnées.
Cela permet de travailler avec les modes de protection sans les combattre. C’est un des apports les plus précieux pour les thérapeutes qui travaillent avec des parts (IFS, dialogue intérieur, approches systémiques). L’alchimie des Neuf Souffles intègre que derrière chaque restriction, chaque symptôme, il y a un mode de protection au service de la personne… qui fait de son mieux. Le travail thérapeutique ne consiste pas à supprimer les modes de protection, mais à les rencontrer, les comprendre, et créer les conditions de leur évolution naturelle.
Les différentes modalités d’utilisation de la symbolique des Neuf Souffles
Il s’agit d’un outil polyvalent, adaptable dans de nombreuses modalités thérapeutiques.
D’ailleurs, nous savons que de nombreux thérapeutes, pourtant non formés auprès de nous, complètent leur pratique habituelle en se servant de notre outil « Les cartes du corps », un jeu de cartes que nous avons créé, reprenant tous les archétypes du corps et leur sens… ils nous confirment la pertinence de ce support de travail.
C’est un apport particulièrement utile pour les thérapeutes psycho-corporels.
Les modalités que nous avons le plus explorées nous mêmes sont :
1/ la « lecture poétiques du corps » :
La lecture poétique du corps a été créée par Nicolas comme une évolution de sa pratique d’ostéopathe, où il ne souhaitait plus « corriger » les symptômes, mais écouter ce que le corps avait à dire. C’est en réalité de là que sont nés les Neuf Souffles et le protocole de dialogue avec le corps le plus complet.
Pratiquement, au cours d’une séance, le praticien alterne de :
1/ poser des questions
2/ poser ses mains sur le corps du patient (même si on peut aussi le faire à distance)
3/ recevoir dans sa propre neuroception des informations (sensations, émotions, images)
4/ y associer le sens de l’archétype lié à la zone du corps…
et avec tout cela de tisser un conte initiatique improvisé et personnalisé. Celui-ci semble particulièrement puissant pour éclairer les phases de transition de vie, mettre en lumière les nouvelles directions et ressources, mais aussi pouvoir honorer les fonctionnements passés, leurs compétences vitales, leurs limites et les libérer de leurs compulsions.
2/ l’accompagnement de groupe dans le mouvement libre dansé :
– le praticien peut proposer aux personnes de réveiller le lien à leur corps par le mouvement dansé en guidant le focus sur différentes zones du corps, en ouvrant l’imaginaire associé en évoquant les personnages associés et/ou les forces du mondes auxquelles elles sont reliées.
– le praticien peut également proposer des explorations thérapeutiques où les personnes sont régulièrement amenées à sentir d’elles-mêmes quelles zones du corps s’expriment, pour d’abord y poser leur attention et déployer de là leurs perceptions internes… et dans un deuxième temps pouvoir y associer du sens.
3/ dans la relation thérapeutique individuelle « classique » :
– il s’agit pour le thérapeute de guider les personnes à être précises sur les zones du corps qui attirent leur attention lors du processus de soin, à la fois pour qu’elles accèdent à plus de détail et de spécificité dans ce que le corps communique, et également pour pouvoir, à des moments clefs, suggérer des éléments de sens et voir ce que cela apporte.
– le thérapeute peut aussi s’appuyer sur les étapes de protocoles pour orienter progressivement l’attention du patient pour qu’il ressorte systématiquement des séances avec plus de ressource et d’orientation.
Se former
La formation Langage du Corps et Alchimie des Neuf Souffles, portée Nicolas Bernard, est précisément conçue pour les professionnels de l’accompagnement qui souhaitent intégrer ce modèle dans leur pratique, quelle que soit leur modalité d’intervention.
Elle s’articule en plusieurs niveaux progressifs : un cycle découverte pour expérimenter personnellement l’approche, suivi d’un cycle d’apprentissage avec des protocoles thérapeutiques directement utilisables en séance — autour des modes de protection, des vulnérabilités, des stratégies d’adaptation, des ressources.
L’objectif est pour le praticien de développer un placement solide dans son propre corps, d’ouvrir la dimension imaginale (imaginaire phénoménologique émergeant des sensations) et de la relier au corps, d’intégrer la dynamique alchimique (transformatrice) du corps, et d’apprendre des protocoles clairs à utiliser en séance.
La formation alterne mise en mouvement, enseignements théoriques, jeux théâtraux, danse libre et mises en pratique à deux ou en petits groupes. Elle s’adresse à des psychothérapeutes, praticiens somatiques, coachs, et à toute personne sensible à l’unité corps-émotion-esprit dans l’accompagnement.
Le prochain cycle démarre le 29 octobre 2026 au Pays Basque.
Vous souhaitez découvrir l’approche avant de vous engager dans la formation ? Une séance individuelle d’écoute poétique du corps avec Nicolas Bernard est le point de départ recommandé — une expérience en elle-même, et la meilleure façon de comprendre de l’intérieur ce que vous pourrez offrir à vos patients.
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Écrit par Nicolas BERNARD
avec le soutien quotidien de Anne Ena BERNARD
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